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Lady Ponce déshabillée par des militaires
Le Quotidien Mutations le 25/09/2008, 14 02 27 (UTC)
 


Cameroun
Lady Ponce déshabillée par des militaires
L'artiste et ses danseuses ont fait les frais de la traque lancée contre les civils qui arborent les treillis.

Il est plus de 22 heures, ce mardi 5 août 2008 sur cette rue très bruyante qui débouche au rond point Intendance de Yaoundé. La vedette la plus en vue de la musique camerounaise de l'heure, Lady Ponce, descend d'une rutilante voiture de marque Toyota, série Rav4. Elle attire l'attention des militaires en villégiature à cet endroit, qui reconnaissent une des leurs descendre d'une si belle voiture et se rapprochent pour la reconnaissance. A leur grande surprise, il s'agit de Lady Ponce, habillée comme une soldate de l'armée camerounaise, comme ses trois danseuses, qui l'accompagnent. Elles s'apprêtaient à gagner un cabaret situé en face.

" Avez-vous une autorisation de porter cette tenue ? ", lui demande l'un des trois soldats, le plus gradé. Lady Ponce panique et répond par la négative, et balbutie quelques mots : " J'ai acheté ces tenues sur le marché ", rapporte un militaire, qui faisait partie des " enquêteurs ". Les bidasses l'enjoignent alors de leur remettre les uniformes. "Il n'y a aucun doute. Ce sont nos dotations du 20 mai dernier. Elle ne peut pas avoir acheté sur le marché ", a expliqué l'un des militaires, un tantinet ironique, lorsqu'il relève que l'un des ses collègues, ému à la vue de la vedette, lui arrache son numéro de téléphone. Jointe au téléphone, Lady Ponce n'a pas voulu en parler. " Je ne veux pas de problème avec l'armée ", a-t-elle indiqué, avant de préciser, plus rassurante, que " ils ont laissé partir les filles ". Et les uniformes confisqués ? Ils ont pris la direction de l'Etat major, tout à côté, selon l'un des bidasses.

Outre le cas de Lady Ponce, plusieurs autres cas de confiscation des tenues ayant trait à l'armée se multiplient dans la ville de Yaoundé depuis quelques temps. Tant chez les consommateurs que chez les commerçants. "Nous avons récemment empêché un militaire de déshabiller un jeune homme au niveau du Capitole. Nous lui avons dit que c'était un abus ", témoigne Achille N. Au marché central de Yaoundé, les plaintes sont légions. " Depuis les émeutes de février dernier, les militaires viennent confisquer tout ce qui a trait aux uniformes militaires ou des vêtements assimilables ici ", se plaint un vendeur, qui cite entre autres objets les pantalons, tricots, casquettes, chaussures, ceintures. L'une des victimes, White Shopping estime ses pertes à des centaines de milliers de Fcfa. "Le gendarme qui est venu arracher nos marchandises nous a demandé d'aller voir le chef. Ce que nous n'avons pas encore fait ".

Dans la plupart des boutiques du marché central de Yaoundé ou du marché de Mokolo, dans la même ville, les uniformes militaires et autres vêtements assimilables ont presque disparu. " Les clients en demandent de moins en moins ", atteste un vendeur. Un autre, Rolain Fossouo, qui ne vend que des pantalons, dit avoir reçu plusieurs fois la visite des militaires. " Les gars procèdent par intimidation. Ils m'ont présenté un document qui n'était pas lisible. Je leur ai répondu que je n'étais pas l'importateur. Ils ont fini par s'en aller ", confie-t-il, avec un brin fierté.

Or, selon un militaire, qui a préféré requérir l'anonymat, il existe un texte prévu par le droit militaire, qui régit le port illégal des uniformes militaires ou des vêtements assimilables à l'armée. " En cas de résistance, les civils concernés peuvent être traduits au tribunal militaire ", confie-t-il. Il évoque, outre des cas graves de banditisme où des civils sont habillés en treillis militaires pour commettre des délits, des cas de trafic d'influence pendant lesquels la seule tenue militaire donne droit à des services préférentiels telle la rapidité au niveau du guichet. Selon lui, le problème des uniformes ne se limite pas aux seuls militaires. Le ministère de la Défense, s'en souvient-on, a lancé une campagne de sensibilisation l'année dernière afin d'amener les civils à se passer des tenues ressemblant à celles de l'armée. Même si ces civils se plaignent de " multiples abus ".
 

Le rap camerounais change de cap
Romuald Nkonlak, Le Quotidien Mutations (Yaoundé) le 25/09/2008, 14 02 22 (UTC)
 Samedi 12 août 2006. Il est près de 20h, pourtant, la salle du centre d'art contemporain Africréa a du mal à trouver son public. Ce soir, comme il y a une semaine en ces mêmes lieux, un rendez-vous a été donné aux jeunes de la capitale du Cameroun. Le spectacle baptisé XXL K'mer hip hop doit leur permettre de communier avec des artistes locaux, qui sont devenus des vedettes pour eux.

L'un d'eux est d'ailleurs visible dans la salle. Calme, dreadlocks, lunettes aux yeux. C'est Le Bronz. Il vient de mettre sur le marché son tout premier album et l'occasion du spectacle de ce soir le fera découvrir au jeune public qui s'est déplacé. Olivier et Brice sont en vacances. Ils viennent de la ville de Bafoussam, dans la province de l'Ouest, et semblent tout émus de voir un artiste qu'ils apprécient. Ils regrettent que d'autres, à l'instar de Sultan Oshimihn, programmé le week-end précédent, ne soient pas là.

Comme Brice et Olivier, les jeunes Camerounais ont désormais des idoles locales dans l'univers du rap. A côté de 50 cent, Jay Z ou encore Snoop Dog, rappeurs américains adulés, les rappeurs camerounais ont désormais eux aussi la cote auprès du public local. Le tout premier album de Koppo, sorti en 2003, a eu un succès presque inédit pour un rappeur camerounais. Et désormais, nombreux sont les jeunes qui attendent la suite de l'aventure et un deuxième album annoncé pour 2007.

Krotal, autre rappeur camerounais, est lui aussi désormais une star pour les jeunes. Il a été invité, il y a quelques semaines, au festival Gabao hip hop, qui s'est déroulé au début du mois de juin à Libreville au Gabon. Lui aussi prépare son second album et note bien une évolution dans le hip hop camerounais : " Je crois que le rap Kamer se professionnalise. Il a son public bien à lui et je crois que c'est une bonne chose. La scène rap camer doit vivre. Ce que je déplore, c'est le manque de scène amateur qui révèle les nouveaux talents ".

A Libreville, Krotal était accompagné par le groupe Ak Sang grave, vieux routier de la scène rap nationale et qui vient aussi de mettre un album sur le marché. La question qui se pose aujourd'hui est celle de savoir comment, en quelques années, les rappeurs camerounais ont pratiquement changé de statut, passant de celui de voyou à celui de stars de la musique camerounaise.

Déjà, on ne peut pas occulter le fait que la qualité de cette musique s'est considérablement améliorée. Mais surtout, loin de se contenter d'une copie servile du rap tel qu'il se faisait en Occident, les artistes camerounais se sont progressivement appropriés les rythmes traditionnels. Résultat : une musique de fusion qui a conquis le public local. Bantou Po si, avec son premier album sorti en 2001, peut être considéré comme l'un des porte-étendards de cette musique-là.

Un autre groupe qui s'illustre par ce côté multiculturel, c'est S-Team. L'équipe du Sud (South Team), avec son premier album, a offert au public une musique dans laquelle, comme le souligne Olivier, "On trouve le reflet de la culture camerounaise". Que les chansons soient en français, en pidgin, en camfranglais ou dans les langues camerounaises, elles ont toutes un point commun.

Le rap au Cameroun a gardé quand même l'un de ses éléments caractéristiques, en dehors du look de ses adeptes : les textes. Si quelques uns parlent d'amour (Bantou Po si, Koppo, etc), beaucoup préfèrent s'intéresser aux problèmes de la jeunesse. Le chômage, l'attrait de l'Occident, la misère galopante, etc. Et parfois avec des mots durs. Cette aile dure du rap camerounais est notamment représentée par Valsero, qui met un point d'honneur au côté militant de sa musique. Pour lui, il y a le rap et d'autres styles de musique. Pas des mélanges.

Opposition

Ses compositions sont de véritables brûlots à l'endroit de la classe dirigeante actuelle. "Ce pays tue les jeunes... Cinquante ans de pouvoir et ils ne lâchent pas prise, la jeunesse se meurt à petit feu... les vieux se saoulent à l'eau de feu ", chante-t-il. Le jeune homme parle de corruption, accuse les vieux au pouvoir d'homosexualité. Bref, crie tout haut ce que certaines personnes ne cessent de chuchoter pour parler de l'avenir hypothétique de la jeunesse camerounaise.

Cette façon de voir n'est pas générale dans le rap camerounais, d'où la petite guerre qui oppose les rappeurs qui se veulent puristes et ceux qui pensent qu'il faut adapter le rap à notre environnement. Koppo faisait allusion à cette opposition dans une interview accordée au site kamerhiphop : " Rappeur ou pas, je fais de la musique qui plait à beaucoup de personnes, dieu merci ". Dj Zion, l'un des précurseurs du rap au Cameroun, a lui aussi son mot : "Je pense que le plus important, c'est de faire du bon rap. Je prône un hip hop industriel et charismatique."

C'est avec la télévision que le rap s'est installé au Cameroun, c'est avec la télévision aussi qu'il gagne en popularité, avec notamment la pluralité des chaînes qui offre désormais plus de plate-formes d'expression aux rappeurs locaux. Les différentes chaînes de télévision ont désormais consacré des espaces à ce qui est devenu, au fil des temps, le rap Kamer. Depuis Benjo et son "Indomptable rap" en 1998, plusieurs autres albums de rap ont suivi. Plusieurs spectacles aussi, que ce soit dans le cadre des Sunday rap organisés dans les années 90 à l'espace Africréa à Yaoundé, ou plus tard Ça me dit rap de Axe jeunes, le principal diffuseur du rap camerounais, ou enfin Xxl k'mer hip hop, lancé le 5 août dernier.

Big Bzy, Negrissim, Bantou Po si, Rasyn, Zomloa Famila, Ak sang grave... ont suivi le chemin, et ouvrent certainement la voie à une autre génération de rappeurs. Ils continueront à poser les problèmes de la jeunesse à laquelle ils appartiennent. Et pour soutenir et encadrer ce mouvement, Mapane Records, la structure mise sur pied par Louis Marie Tsoungui (Magix d'abord, puis Mapane à partir de 2001), continuera l'Å"uvre qu'elle a commencé en produisant plusieurs d'entre eux.
 

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stefane le 25/09/2008, 14 02 06 (UTC)
 
 

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